J’ai testé pour vous – Aménager les espaces pour mieux apprendre

Aménager les espaces pour mieux apprendre Maternelle

Bonjour tout le monde, aujourd’hui, pas de ressources mais une longue réflexion pédagogique que j’ai entamée cette année avec mon arrivée en maternelle !

Cette année, comme vous l’avez peut-être lu dans d’autres articles, je suis en maternelle, avec une classe de TPS-PS-MS ! L’occasion pour moi de me plonger dans ce monde un peu à part de l’enseignement, où le jeu a une place très importante, où les enfants apprennent à se sociabiliser au milieu de leurs camarades, découvrent les règles de la vie en collectivité, construisent leurs premiers savoirs scolaires, base importante de leur scolarité.

Jusqu’à présent, j’ai fonctionné comme dans beaucoup de classes maternelles, sur le principe des ateliers : un atelier dirigé par la maitresse, un atelier semi-dirigé avec l’ATSEM, les autres groupes étant en autonomie.

J’avais déjà commencé à me pencher sur ce qu’on appelle souvent les ateliers autonomes ou ateliers type Montessori, au cours desquels les enfants choisissent eux-même une activité à réaliser. J’avais également fait le choix de supprimer la plupart des traditionnelles « fiches » de ma pratique pour laisser la place à la manipulation et aux apprentissages à travers le jeu.

Et puis, je suis tombée sur un ouvrage de Retz intitulé « Aménager les espaces pour mieux apprendre – A l’école de la bienveillance ».

Autant vous le dire, c’est assez renversant en terme de pratique, ça nous amène à revoir complètement notre conception de la classe, à accepter de « perdre le contrôle » sur ce que font les enfants à chaque instant, pour prendre du recul et du temps pour observer les enfants.

Je vous rassure (ou pas) tout de suite, je suis loin d’avoir tout mis en place et d’avoir quelque chose de très calé qui tourne ! Cependant, je me suis dit que le meilleur moyen d’y arriver c’était de me lancer et d’expérimenter, sans bouée ni brassards, en réajustant petit à petit ! Ça a un peu déboussolé mon ATSEM qui a tout de même 40 ans de maternelle derrière elle, mais en petite perle qu’elle est, elle m’accompagne dans l’aventure, sans râler et avec le sourire ! Nos échanges sur ce qui marche, sur ce qui ne marche pas m’aident beaucoup à réajuster chaque jour et chaque semaine ! Petit à petit, des choses se mettent en place et commencent à marcher.

Et les enfants dans tout ça me direz-vous ? Eh bien, c’est eux qui semblent le moins perturbés, ils s’adaptent très bien, sont curieux de ces changements et remarquent les moindres nouveautés et s’y investissent rapidement !

Alors après tout ce blabla, je ne vous ai pas encore dit grand chose. Dans cet ouvrage, on nous propose d’oublier le fonctionnement en ateliers et de concevoir la classe en terme d’espaces. La réflexion est même proposée au niveau d’une école entière (maternelle) pour revoir complètement l’aménagement des locaux, des classes. Cela va très loin mais je trouve que c’est passionnant !

Me concernant, j’ai tous les niveaux de la maternelle (à part les GS, mais qui pourraient se joindre à nous sur ces moments-là). J’ai également la chance d’avoir une très grande classe.

Le dispositif proposé, pour reprendre les termes de l’ouvrage, implique de :

  • Favoriser les « pôles d’attractivité » qui créent un environnement propice aux découvertes
  • Laisser l’enfant circuler librement au sein de ces espaces aménagés où tout est mis en œuvre  pour répondre à ses besoins
  • Le laisser s’exercer, dans chaque espace, selon le temps qui lui est nécessaire (c’est un peu ce qu’on retrouve dans le principe des ateliers Montessori, où certains enfants peuvent passer beaucoup de temps sur la même activité, parce que ça les rassure de réussir, parce qu’ils aiment bien…)

Voici les espaces proposés :

  • L’espace jeu d’imitation
  • L’espace jeux de construction
  • L’espace motricité fine
  • L’espace marionnettes
  • L’espace graphisme
  • L’espace sensoriel
  • L’espace moteur
  • L’espace maths
  • L’espace sciences
  • L’espace bibliothèque
  • L’espace repos/intériorité
  • L’espace écoute
  • L’espace regroupement
  • L’espace lettres/écriture

En gras, ce sont les espaces que j’ai essayé de mettre en place dans ma classe. Pour l’instant, la plupart de ces espaces sont en découverte/manipulation libre. Le temps de mettre en place ces espaces, nous avons encore un peu fonctionné en ateliers avec mon ATSEM et nous avons observé leur façon de fonctionner. C’est une sorte de période hybride . Aujourd’hui, nous commençons à investir ces espaces avec les enfants. Alors que le premier jour, tous les enfants étaient dans les espaces jeux de construction et jeux d’imitation, nous les avons vus petit à petit se répartir dans les différents espaces, par petits groupes de 2 ou 3. Premier effet : une classe beaucoup plus calme, quasiment plus aucune dispute sur les poupées ou les jeux, une véritable implication dans les activités menées.

A présent, je vais essayer de détailler un peu plus mes tâtonnements, mes espaces. Je vous l’ai dit, je me suis lancée dans l’expérience sans attendre d’en maitriser les tenants et les aboutissants, sinon, je pense que je ne me serais jamais lancée ! Je vous propose donc dans cet article de simplement participer à ma réflexion, je suis bien loin de proposer un modèle 

asterisque L’espace regroupement

Celui-là, c’est le coin regroupement que nous connaissons toutes et tous : le matin on s’y installe pour quitter nos chaussures, mettre nos chaussons, mettre notre étiquette de présence. Mon ATSEM fait passer aux toilettes ceux qui sont prêts. Je prends ce petit temps en commun pour présenter une nouveauté dans un des espaces, pour dire aux enfants sur quels espaces nous serons avec mon ATSEM et ensuite, c’est parti, chacun va s’installer dans l’espace qu’il souhaite.

J’utilise cet espace également pour les petits rituels que j’ai gardés (la date, les chansons/comptines rituelles marquant les différents temps de la journée, les lectures offertes…)

asterisque L’espace repos/bibliothèque/écoute

C’est l’espace qui sert de dortoir l’après-midi. Le matin, j’y installe un coin écoute avec un poste et des casques. Afin de le rendre autonome, j’ai collé des gommettes sur les touches du poste pour permettre aux enfant de lancer la lecture, l’arrêter ou changer d’histoire. Je suis abonnée à la revue « Histoires pour les petits » de chez Milan qui propose tous les mois 3 petites histoires enregistrées sur CD. C’est ce que j’utilise pour l’instant. Les grands de la classe de CE2-CM1-CM2 devraient également nous enregistrer quelques albums de la classe que nous pourrions ajouter à cet espace. Petit à petit, les enfants apprendront à choisir l’histoire qu’ils veulent écouter et donc, à changer le CD (en en prenant soin !!! ^^).

Des matelas bien épais sont installés avec la petite bibliothèque sur roulette au milieu. Les enfants peuvent y regarder les livres, seuls ou à plusieurs.

Cet espace sert également de « zone d’intériorité », les plus petits ont parfois besoin de s’isoler du groupe, quand leurs parents leur manquent, de faire un câlin à leur doudou.

asterisque L’espace jeux d’imitation

J’y ai installé un coin « maison » avec le matériel de la cuisine (casseroles, assiettes, couverts, verres, divers ustensiles), une table et des chaises, les poupons (leurs poussettes, baignoire, vêtements).

asterisque L’espace jeux de construction

On peut y trouver des Kaplas, des Clipos, des Duplos, des Légos, etc. Au début, j’avais tout laissé (ma classe est une mine d’or de ressources) et je me suis rendue compte qu’il y en avait trop. Du coup au lieu d’utiliser les Légos pour faire une vraie construction, on retrouvait tout mélangé sur le sol et rien de construit. J’ai donc fait du vide et enlevé énormément de choses pour ne laisser que les Kaplas, les Légos et les Clipos.

asterisque L’espace graphisme

Sur un de mes murs, chaque semaine, j’installe une grande fresque vierge. A côté, sur de petites tables, je mets du matériel à disposition : une semaine, je leur ai proposé des feutres, des craies grasses et des crayons de couleur, la semaine suivante, des papiers de couleurs, des gommettes, des ciseaux et de la colle, des tampons et leurs tapis encreurs. En fin de semaine, la fresque est bien remplie, tout le monde y a apporté sa petite contribution. Nous les gardons précieusement pour garder une trace des évolutions ! Pour l’instant je pense rester sur un « thème » par semaine. C’est également dans cet espace que l’on travaillera le geste graphique de manière individuelle (avec les ouvrages de chez Retz).

asterisque L’espace sensoriel

Comme son nom l’indique, on va travailler nos cinq sens dans cet espace. Dans cet espace, pour l’instant, j’ai installé un bac à semoule avec des bouteilles, des passoires, des entonnoirs, des cuillères… Il y a également des disques sensoriels sur lesquels on peut marcher pieds nus ou en chaussettes. Plus tard, la semoule sera remplacée par des pâtes, de l’eau, des marrons…

asterisque L’espace motricité fine

Les enfants y retrouvent pas mal d’ateliers Montessori : transvaser des graines, des cotillons avec des pinces à sucre, des pinces à épiler, des petites cuillères, visser des bouchons sur les bons flacons, faire des colliers de perles, la pâte à modeler…

asterisque L’espace maths

On y retrouve du matériel pour faire des puzzles, des pavages, des jeux de société seuls ou à plusieurs…

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Se pose ensuite la question des apprentissages menés dans ces espaces. La place du jeu libre est incontournable. D’après l’ouvrage « la notion de jeu libre est une des conditions essentielles pour que les enfants soient paisiblement occupés et qu’ils puissent interagir. La sérénité de l’adulte en dépend : il peut se consacrer à un individu ou à un tout petit groupe parce qu’il sait que les autres espaces ne requièrent pas son attention. »

C’est vrai que souvent, « dans un fonctionnement en ateliers, la place du jeu libre arrive une fois la tâche institutionnalisée réalisée. » On se dit souvent que lorsqu’ils jouent, ils ne travaillent pas, ils n’apprennent rien, cependant les auteurs soulignent que « les activités ludiques permettent de communiquer, s’entrainer, réinvestir, créer, imaginer, partager« . Et il est bon de rappeler qu’il est « utopique de penser qu’un enseignant peut contrôler les apprentissages de tous les élèves pendant trois heures d’affilée« !

Cependant, il est nécessaire de « coopérer pour apprendre ». En effet, l’enfant n’apprend pas seul à jouer, à parler, à entrer dans l’écrit. La relation à l’adulte est indispensable pour expliciter les apprentissages, construire des notions, permettre à l’enfant d’atteindre sa « zone proximale de développement »…

En fonctionnant en espaces, l’enseignant va alors préparer des scénarii pour apprendre, permettant à ces espaces de devenir des espaces d’apprentissage. Un scénario va suivre les étapes de la construction du savoir chez le jeune enfant : manipulation libre, observation, exploration, réflexion pour résoudre des problèmes, s’exercer pour formaliser le savoir et le mémoriser. En fonction du rythme de chaque enfant, il est évident que ces étapes ne seront pas franchies en même temps par tous les enfants.

Pour chaque période, il s’agit de définir les espaces à disposition des enfants et les espaces sur lesquels seront présents l’enseignant et l’ATSEM. Dans les espaces où l’adulte est présent, une grille pour cocher la présence des enfants et noter ce que l’enfant a fait. Cela permet de repérer les enfants qui ne sont jamais venus sur cet espace et de les solliciter afin qu’ils participent.

L’ouvrage propose des exemples de grilles d’observation, de nombreux exemples de scénarii à mettre en place dans différents espaces et selon le niveau de la classe. Le DVD fourni à l’intérieur propose des vidéos prises dans une classe pour mieux se rendre compte des propos de l’ouvrage. Vous pouvez consulter la liste des vidéos sur le site de Retz.

Il s’agit donc sur une période de prévoir les espaces et leurs contenus, les scénarii à mettre en place par les adultes dans ces différents espaces, en fonction de ce que l’on veut faire apprendre aux enfants. Au niveau préparation, le travail est allégé puisque le plus important reste la préparation des scénarii pour la période. Des collègues de l’école de Malves en Minervois prévoient une carte mentale pour une période complète, regroupant toutes les activités menées (et renvoyant aux différents scénarii).

Les progrès des enfants, leurs réussites peuvent facilement être répertoriés sous forme de brevets ou dans un cahier de réussites. Là encore, l’ouvrage propose de nombreux exemples.

Au niveau de l’emploi du temps, je fonctionne en terme d’espaces le matin, sur un temps d’environ 1h15-1h30 avant la récréation du matin et encore 30 minutes en fin de matinée quand j’ai le temps ^^. Je garde des temps collectifs pour les séances de motricité, de musique, de phonologie…

Si cela vous intéresse vous aussi, je vous propose quelques liens pour creuser le sujet :

lien L’académie de Strasbourg propose un dossier complet sur l’aménagement des espaces à l’école maternelle.

lien Ma collègue blogueuse ToT m’a permis de découvrir l’expérimentation menée dans la maternelle de Varennes à Argonne dans la Meuse :

lien Cette expérimentation est détaillée dans l’expérithèque !

lien Vous pouvez consulter un extrait de l’ouvrage de Retz sur leur site.

livre-amenager-les-espaces-pour-mieux-apprendre

Voici également des ouvrages que je me suis achetés pour m’aider dans l’élaboration des scénarii :

lien Scènes de langage PS et MS aux Éditions Accès.

lien Sciences à vivre Maternelle aux éditions Accès.

lien Guide pour enseigner le vocabulaire à l’école maternelle.

lien Vers les maths PS

lien Vers les maths MS

Vers les maths PS Vers les maths MS Sciences à vivre Maternelle Scènes de langage Maternelle Guide pour enseigner autrement avec les intelligences multiples Cycle 1

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