Maîtresse en grève !

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Normalement, j’étais censée attaquer mon stage groupé hier. Mais étant malade, hier j’étais en arrêt maladie. Et pour ma reprise, eh bien… j’étais en grève ! C’était le cas de tous les enseignants de l’école de mon stage qui était du coup fermée.

Ici, dans la petite ville de M., la mobilisation n’a pas été très forte, nous étions à peine un peu plus d’une centaine, mais je me sentais concernée. Même si au fond de moi j’ai vraiment peu d’espoir sur l’impact que cette journée pourrait avoir dans la course aux réformes de notre gouvernement…
Au moins, j’ai le sentiment d’avoir fait quelque chose, j’ai protesté à ma façon. On était tous ensemble, solidaires, le sourire aux lèvres, même si quelque part la situation reste inquiétante…
Nos services publics sont jetés progressivement en pâture au Grand-Libéralisme. On nous demande toujours plus de résultats avec toujours moins de moyens.

Dans mon département, nous sommes encore bien lotis, nous n’avons pas vraiment de classes surchargées, mais c’est loin d’être une généralité ! On nous demande de prendre en compte l’hétérogénéité des enfants qui nous sont confiés, de venir à bout de l’échec scolaire, mais ce n’est pas pareil à 15 gamins qu’à 30 ! Et supprimer des postes ne va pas arranger les choses. D’une école à l’autre, d’une municipalité à l’autre, on voit vraiment des différences criantes. Il y a vraiment des écoles riches et des écoles pauvres, avec des enseignants qui doivent user de toutes leurs ressources pour proposer des enseignements ludiques, riches et intéressants. Quand je vois ça, je me dis vraiment que l’égalité des chances, c’est beau dans les textes, mais dans la réalité, c’est très loin d’être le cas…

Quand pendant la manifestation on passait devant les habitants, j’imaginais assez bien ce qu’ils pouvaient penser : “Ces fonctionnaires, toujours en grève, toujours en train de râler ! Ils nous bloquent alors que nous on voudrait bien travailler !”
D’une part, comme beaucoup de personnes l’oublient, on ne fait jamais grève pour le plaisir et une journée de grève est une journée qui n’est pas payée. Ce n’est pas une journée de vacances, on ne se lève pas un jour en se disant, tiens, demain j’ai pas envie de faire classe, je vais me prendre une petite journée de grève !

Alors oui, ceux qui sont dans le privé sont bien embêtés par ces grèves. Oui ils galèrent pour se rendre au travail, pour faire garder leurs enfants. Mais pourquoi est-ce qu’ils ne manifestent pas? Trouvent-ils que leurs conditions de travail sont parfaites? Trouvent-ils que tout va pour le mieux dans notre société? Je n’en suis pas vraiment sûre…
Alors oui, nous fonctionnaires avons la chance de pouvoir faire grève sans être inquiétés dans notre boulot. Ce n’est pas le cas de tous ceux qui bossent dans le privé ou à leur compte. Un salarié du privé qui fait grève, ce sera noté et ça pourra toujours se retourner contre lui, quand il demandera une augmentation, quand il postulera pour un autre poste. Ils n’ont pas une réelle stabilité d’emploi comme nous les fonctionnaires (et encore, pour combien de temps..). Nous avons encore la chance d’avoir tout ça dans la fonction publique et oui nous nous en servons. Un certain nombre pense que nous nous en servons trop, nous prenons la société en otage, nous nous accrochons à nos privilèges.

Quand on écoutait les informations ces derniers jours, à la télé, à la radio, il n’y avait que des témoignages d’honnêtes travailleurs galérant pour se rendre à leur boulot, se levant à 4h du matin et poireautant dans le froid, des parents obligés de poser des jours de congés pour garder leurs enfants. Avec de telles images, comment peut-on avoir la population derrière nous. Comme d’habitude, on se sert des images pour monter les gens les uns contre les autres.

La grève dérange. La grève gêne. On entend un peu partout des : “pourquoi ne font-ils pas des grèves sans embêter tout le monde?” C’est vrai, c’est une question qu’on est en droit de se poser. Mais derrière ça, peut être qu’il faudrait aussi se demander : “Est-ce qu’une grève qui ne gêne personne à part ceux qui la font (puisqu’ils ne sont pas payés) peut aboutir ? Pourquoi faut-il toujours en arriver là pour se faire entendre ?”

Dans la fonction publique, notre patron, c’est l’Etat. Quand est-ce qu’on atteint l’Etat? Quand on touche à son électorat. Si on fait grève , sans gêner personne, que tout continue de fonctionner correctement, l’Etat n’a qu’à laisser pourrir la situation et finit par tenir les grévistes par le porte-monnaie. Après tout, on est comme tout le monde, on a des loyers à payer, on doit manger, payer des impôts, payer les études de nos enfants, etc.
C’est un constat un peu triste dans une société dite démocratique mais c’est pourtant ainsi que les choses fonctionnent.

Ce qui m’attriste, c’est de me dire qu’actuellement, pour beaucoup, l’idée qui risque de ressortir de cette grogne est la suivante : “Le gouvernement a raison, vivement le service minimum ! On ne sera plus embêtés comme aujourd’hui!” Et petit à petit, les gens seront muselés. Petit à petit on ne protestera plus, on ne revendiquera plus à part peut être avec un petit brassard noir autour du bras. Tout le monde pourra aller à son travail, accomplir ce qu’il doit accomplir pour le plus grand bien de notre économie de marché, de la croissance (qui sait) mais peut être pas pour le plus grand bien de notre démocratie.

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